Cinq ans après les vagues dévastatrices du Covid-19, le monde semble osciller entre une sophistication technologique inédite et une fragilité politique inquiétante. Nous sommes en 2026 et la question de la préparation mondiale n’est plus théorique. Alors que les mémoires collectives commencent à s’estomper, les experts en santé publique observent avec inquiétude les signaux faibles qui clignotent sur leurs écrans de contrôle. La signature de l’accord mondial sur les pandémies en mai 2025 a marqué une étape diplomatique majeure, mais son application réelle reste un défi titanesque face aux réalités géopolitiques actuelles.
Une gouvernance mondiale fracturée malgré l’accord de 2025
L’adoption du premier accord mondial sur les pandémies par l’Assemblée mondiale de la Santé a été saluée comme une victoire historique pour le multilatéralisme. Avec 124 votes favorables, ce texte visait à corriger les iniquités flagrantes observées lors de la crise précédente, notamment via le mécanisme PABS qui oblige les laboratoires à partager 10 % de leur production avec l’OMS en cas de crise. C’est une avancée notable pour l’accès équitable aux traitements dans les pays du Sud, qui avaient été largement lésés lors de la distribution des premiers vaccins contre le coronavirus.
Cependant, ce traité souffre de l’absence de poids lourds internationaux. Le retrait annoncé des États-Unis sous l’administration Trump, suivi par l’Argentine, crée une brèche béante dans le dispositif de sécurité sanitaire global. L’affaiblissement des CDC américains, jadis phares de la surveillance épidémiologique, complique la donne. Il est essentiel d’analyser l’évolution de la vaccination face aux pandémies pour comprendre à quel point la coordination internationale reste le seul rempart efficace contre un virus qui ignore les frontières. Sans la participation active des grandes puissances économiques, le financement des mesures de surveillance repose sur des bases précaires.

Le portrait-robot de la prochaine menace
Si la politique piétine, la science a déjà identifié les coupables probables. Au sommet de la liste de surveillance établie par les virologues figure le virus de la grippe aviaire H5N1. Ce pathogène a démontré une capacité inquiétante à franchir la barrière des espèces, infectant non seulement les oiseaux sauvages et les volailles, mais aussi des mammifères marins et, plus récemment, des vaches laitières aux États-Unis. Entre 2020 et mars 2025, plus d’une centaine d’infections humaines ont été recensées, agissant comme autant de tirs de sommation.
Les scientifiques ont établi les caractéristiques précises que posséderait le pathogène capable de provoquer la prochaine crise sanitaire majeure. Ce profilage permet d’orienter les recherches et la surveillance vers les agents infectieux les plus à risque :
- Il s’agira probablement d’un virus respiratoire capable d’infecter les voies aériennes supérieures.
- Il disposera d’une phase asymptomatique permettant aux porteurs de le diffuser sans le savoir avant l’apparition des signes cliniques.
- Son taux de reproduction (R0) sera supérieur à 2, garantissant une propagation exponentielle sans mesures de freinage.
- Il sera doté d’une grande plasticité génétique, favorisant l’émergence rapide de variants échappant à l’immunité acquise.
La technologie et la surveillance comme nouvelles lignes de défense
La détection précoce a fait un bond en avant spectaculaire. Nous ne sommes plus aveugles comme en 2020. Le réseau Obépine en France, qui analyse les eaux usées, est devenu un outil de routine permettant de repérer la circulation virale bien avant l’afflux des patients aux urgences. À l’échelle mondiale, l’intelligence artificielle joue désormais le rôle de sentinelle. Des outils comme Healthmap scannent en permanence les réseaux sociaux et les requêtes des moteurs de recherche pour identifier des foyers infectieux anormaux, qu’il s’agisse de pneumonies inexpliquées ou de mortalités animales suspectes.
Cette approche technologique s’accompagne d’une révolution dans la conception des contre-mesures médicales. La plateforme à ARN messager, validée lors de la crise du Covid, permet aujourd’hui une réactivité industrielle sans précédent. Il est possible de modifier la « recette » d’un vaccin en quelques semaines pour coller au profil génétique d’un nouveau virus émergent. Pour approfondir le sujet, on peut étudier les applications des vaccins à ARN messager qui dépassent désormais le simple cadre du SARS-CoV-2 pour s’attaquer à d’autres menaces virales.

L’impasse de la prévention primaire
Malgré ces arsenaux thérapeutiques et numériques, une faille majeure persiste : notre incapacité à agir à la source. La prévention primaire, qui consiste à éviter le passage du virus de l’animal à l’homme, reste le parent pauvre des investissements mondiaux. Les initiatives comme Prezode ou le concept « One Health » peinent à mobiliser les financements nécessaires pour lutter contre la déforestation et réguler le commerce d’animaux sauvages. Pourtant, préserver la santé des écosystèmes coûte cent fois moins cher que de gérer une crise sanitaire mondiale.
En négligeant la santé environnementale et en poursuivant l’urbanisation des zones sauvages, nous continuons de jeter des dés sur la table du hasard biologique. La surveillance des « points chauds » d’émergence est active, mais elle ne peut à elle seule empêcher un contact accidentel entre un chauve-souris, un animal intermédiaire et un humain. La prochaine pandémie pourrait bien ne pas être une question de « si », mais de capacité à encaisser le choc lorsque le « quand » surviendra.
Sommes-nous mieux équipés en masques et matériel médical qu’en 2020 ?
Oui, la situation des stocks stratégiques a radicalement changé. En France, Santé publique France gère désormais un stock d’État comprenant plus de 1,4 milliard de masques et des milliers de références de médicaments. Au niveau européen, la réserve rescEU est opérationnelle pour assister les États membres en cas de pénurie soudaine.
L’accord mondial sur les pandémies de 2025 est-il contraignant pour tous les pays ?
Non, l’accord repose sur des mécanismes volontaires, notamment pour le partage des pathogènes et des technologies. De plus, le retrait de certains pays majeurs comme les États-Unis limite sa portée universelle, bien qu’il instaure un cadre de coopération inédit pour les 124 pays signataires.
Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans la prévention des épidémies ?
L’IA permet d’analyser des quantités massives de données (réseaux sociaux, rapports médicaux locaux, données climatiques) pour détecter des signaux faibles d’émergence épidémique en temps réel, souvent plusieurs semaines avant les systèmes de surveillance traditionnels.
Pourquoi la grippe aviaire H5N1 inquiète-t-elle autant les scientifiques ?
Le virus H5N1 préoccupe car il infecte désormais efficacement des mammifères, se rapprochant ainsi d’une capacité à se transmettre entre humains. Son taux de mortalité élevé chez les oiseaux et certains mammifères en fait un candidat sérieux pour une pandémie sévère s’il acquiert les mutations nécessaires à la transmission interhumaine.
