Nous vivons une époque paradoxale. Alors que la médecine de 2026 n’a jamais été aussi performante, avec des thérapies géniques et une intelligence artificielle capable de diagnostics ultra-précis, nous assistons au retour de spectres que l’on croyait enfermés dans les livres d’histoire. La coqueluche, la rougeole, la syphilis ou encore la tuberculose ne sont plus de simples souvenirs lointains. Elles circulent de nouveau activement, profitant de la moindre faille dans notre armure immunitaire collective.
Ce phénomène, que les épidémiologistes observent avec une vigilance accrue depuis le milieu de la décennie, n’est pas le fruit du hasard. Il révèle les cycles naturels des pathogènes, mais surtout nos propres relâchements en matière de prévention. Comprendre pourquoi ces maladies reviennent est la première étape indispensable pour se protéger efficacement et éviter que des infections traitables ne redeviennent des fléaux majeurs.
L’inquiétante résurgence des pathologies oubliées en France
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et dessinent une courbe ascendante qui ne laisse place à aucun doute. La coqueluche, cette infection respiratoire souvent perçue à tort comme une simple toux persistante, a opéré un retour fulgurant. Sur les cinq premiers mois d’une année charnière comme 2024, près de 6 000 cas avaient été recensés, soit une multiplication par cinq par rapport à l’année précédente. Ce bond spectaculaire nous rappelle que cette bactérie circule toujours et qu’elle peut s’avérer redoutable, notamment pour les nourrissons non vaccinés.
La rougeole suit une trajectoire similaire, marquée par une explosion des cas. En passant de 15 cas déclarés en 2022 à 117 en 2023, la France a vu resurgir cette maladie virale extrêmement contagieuse. Si elle est souvent bénigne, elle n’en reste pas moins dangereuse, pouvant entraîner des complications respiratoires et neurologiques sévères. Ce n’est pas une simple maladie infantile, mais un virus capable de frapper fort dès que la couverture vaccinale s’effrite.
Parallèlement, la syphilis, longtemps associée aux artistes du XIXe siècle comme Baudelaire ou Schubert, a vu son incidence bondir de 110 % entre 2020 et 2022. Reléguée au second plan des priorités de santé publique face à l’épidémie de VIH, elle a profité d’un relâchement de la vigilance pour regagner du terrain. Quant à la tuberculose, elle a connu un rebond notable après les années de crise sanitaire, rappelant que cette infection bactérienne, qui cible les poumons et parfois le cerveau, reste une menace d’actualité, particulièrement pour les populations précaires.
Le concept de génie épidémique et les cycles d’oubli
Il serait faux de croire que ces maladies avaient totalement disparu. Elles se sont simplement faites discrètes. Selon le docteur Mikael Askil Guedj, auteur d’ouvrages sur les maladies du siècle, il existe un véritable génie épidémique. Ces pathologies fonctionnent par cycles : elles se font oublier pendant quelques années, voire quelques décennies, mutent parfois légèrement, puis réapparaissent sans prévenir. Elles n’ont jamais cessé d’être latentes, attendant simplement le moment opportun pour resurgir.
Le professeur Philippe Sansonetti de l’Institut Pasteur confirme cette vision cyclique. Il note que la syphilis a flambé avec l’apparition du sida avant de retomber grâce aux mesures de prévention, pour mieux revenir aujourd’hui. De même, la tuberculose avait suffisamment diminué pour que l’on arrête la vaccination systématique par le BCG, créant ainsi une fenêtre d’opportunité pour la bactérie. Ce mécanisme de ressac est typique de l’histoire des maladies infectieuses : dès que la pression préventive diminue, l’agent pathogène reprend ses droits.
Les failles de notre bouclier immunitaire et sociétal
Plusieurs facteurs expliquent ce retour en force. Certains scientifiques pointent du doigt l’arrêt des gestes barrières mis en place durant la pandémie de Covid-19. Le port du masque et la distanciation sociale avaient temporairement freiné la circulation de nombreux germes. La levée de ces mesures, couplée à une baisse de l’immunité collective naturelle faute de stimulation régulière, a ouvert la porte à ces réinfections. Cependant, la cause principale demeure structurelle : une couverture vaccinale insuffisante et hétérogène.
La méfiance envers les vaccins a joué un rôle délétère. Le vaccin ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) a longtemps souffert de fausses informations lui imputant des liens avec l’autisme, provoquant une baisse des vaccinations dans les années 2000. Bien que rendu obligatoire pour les nourrissons en 2018, le rattrapage est long. On observe aujourd’hui des cas de rougeole chez des adolescents et des adultes mal vaccinés, n’ayant reçu qu’une seule dose au lieu des deux nécessaires, créant ainsi des foyers de contagion potentiels.
Concernant la syphilis, le mécanisme est sociétal. L’efficacité des traitements antirétroviraux contre le VIH a paradoxalement réduit la peur du sida, entraînant un moindre recours au préservatif. Or, la syphilis est sournoise : ses premiers symptômes sont discrets et mal identifiés. Beaucoup de personnes sont porteuses sans le savoir et continuent de propager la bactérie. Pour la coqueluche, le problème réside dans la durée de protection du vaccin, qui n’est pas éternelle. Sans rappels à l’âge adulte, la protection s’effondre.
Stratégies de protection et vigilance au quotidien
Face à ce constat, la vigilance individuelle devient notre meilleure arme. Il est crucial de ne pas considérer les vaccins comme une affaire réservée à l’enfance. La protection contre la coqueluche, par exemple, nécessite des rappels chez l’adulte, en particulier pour les femmes enceintes afin de protéger le futur bébé via les anticorps maternels. Une politique vaccinale solide chez les adultes est le maillon manquant actuel de notre système de santé.
Le diagnostic précoce est l’autre pilier de la lutte. Pour des maladies comme la syphilis ou la tuberculose, les symptômes peuvent être trompeurs ou tardifs. En cas de doute après un rapport non protégé ou une toux persistante inexpliquée, le réflexe médical doit être immédiat. Les tests sérologiques permettent de dépister rapidement ces infections et de casser les chaînes de transmission avant qu’elles ne s’étendent.
Voici les actions prioritaires pour renforcer votre protection :
- Vérifier son carnet de santé numérique pour identifier les rappels de vaccins manqués, notamment pour le DTP et la coqueluche.
- Consulter un médecin pour un rattrapage vaccinal si vous n’avez reçu qu’une seule dose de ROR dans votre enfance.
- Effectuer des dépistages réguliers des IST si vous avez plusieurs partenaires, même en l’absence de symptômes visibles.
- Maintenir le port du masque en cas de symptômes respiratoires pour protéger les personnes fragiles autour de vous.
Vers une modernisation de la prévention sanitaire
L’avenir de la lutte contre ces « maladies du passé » passe par une meilleure information et l’utilisation des outils numériques. Le carnet de vaccination digital, désormais intégré à nos espaces de santé, doit permettre de combler les trous dans la raquette. Il est aujourd’hui difficile d’avoir une vision claire de la couverture réelle des adultes en France, contrairement aux pays scandinaves qui disposent de registres très précis.
Philippe Sansonetti plaide pour de grandes campagnes de sensibilisation. Il ne s’agit pas nécessairement de prôner une obligation vaccinale stricte pour tous les adultes, mais de créer une culture de la prévention tout au long de la vie. La santé de 2026 repose sur la responsabilité partagée : se protéger soi-même, c’est aussi protéger ceux qui ne peuvent pas être vaccinés, comme les nourrissons ou les immunodéprimés.
Pourquoi la rougeole revient-elle chez les adultes ?
La rougeole réapparaît chez les adultes car beaucoup n’ont pas reçu les deux doses nécessaires durant leur enfance ou parce que l’immunité conférée par le vaccin peut diminuer avec le temps sans rappels ou stimulation naturelle. De plus, des foyers épidémiques se créent là où la couverture vaccinale est insuffisante.
Quels sont les signes qui doivent alerter pour la syphilis ?
La syphilis commence souvent par un chancre (petite plaie indolore) au point d’infection, qui disparaît tout seul. Plus tard, des éruptions cutanées peuvent apparaître. Comme les symptômes initiaux sont discrets, un dépistage sérologique est recommandé après tout rapport à risque.
Le vaccin contre la coqueluche est-il efficace à vie ?
Non, l’immunité contre la coqueluche, qu’elle soit acquise par la maladie ou par le vaccin, diminue avec le temps. C’est pourquoi des rappels sont indispensables à l’âge adulte, notamment pour l’entourage des nouveau-nés (stratégie du cocooning) et les femmes enceintes.
La tuberculose est-elle toujours contagieuse ?
La tuberculose est une infection bactérienne contagieuse qui se transmet par voie aérienne (toux, éternuements). Elle reste un problème de santé publique, touchant souvent les poumons, et nécessite une prise en charge antibiotique longue pour éviter la transmission et les complications.