Cinq ans après les premiers bilans tragiques du Covid-19, une question obsède la communauté scientifique et le grand public : sommes-nous enfin à l’abri ? Alors qu’un décès lié à la grippe aviaire vient d’être recensé aux États-Unis et qu’une vague infectieuse inexpliquée traverse certaines régions d’Asie, l’inquiétude grandit. Si les progrès technologiques en matière de vaccination ont été fulgurants, la préparation mondiale reste un patchwork inégal, mêlant avancées spectaculaires et vulnérabilités persistantes.

L’état de la préparation mondiale face aux menaces émergentes
Si une nouvelle pandémie devait frapper aujourd’hui, le monde se retrouverait dans une situation paradoxale, que Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’Organisation mondiale de la Santé, résume par une réponse mitigée. D’un côté, les leçons douloureuses du passé ont permis de renforcer certaines défenses sanitaires. De l’autre, les mêmes faiblesses structurelles qui nous ont exposés en 2020 demeurent présentes. Les experts indépendants mandatés pour évaluer la réponse globale sont formels : en 2026, les inégalités d’accès aux outils de lutte, notamment les financements et les traitements, laissent la porte ouverte à une propagation rapide d’un nouveau pathogène.
La surveillance épidémiologique a pourtant fait un bond en avant. L’inauguration à Berlin d’un centre de l’OMS dédié à l’intelligence épidémique permet désormais de collecter et d’analyser les signaux faibles bien plus rapidement qu’auparavant. Cependant, la détection ne suffit pas si la chaîne de réaction ne suit pas. Meg Schaeffer, épidémiologiste, souligne qu’il faudrait encore plusieurs années aux autorités de santé publique pour atteindre un niveau optimal de partage d’informations. Malgré cela, la population a intégré des réflexes de protection, comme la distanciation ou le port du masque, qui restent des remparts efficaces en première ligne.
Les signaux d’alerte actuels : Grippe aviaire et MPVh
L’actualité sanitaire récente nous rappelle que la menace n’est pas théorique. Le décès d’un patient de plus de 65 ans en Louisiane, infecté par le virus H5N1 après un contact avec des oiseaux, a réactivé les protocoles de vigilance maximale. Bien que le risque de transmission interhumaine soit pour l’instant jugé faible par les autorités sanitaires, la circulation massive du virus chez les animaux offre de multiples occasions de mutations. Tom Peacock, virologue à l’Imperial College de Londres, insiste sur la nécessité de prendre ce scénario très au sérieux.
Parallèlement, la Chine fait face à une recrudescence d’infections liées au métapneumovirus humain (MPVh). Ce virus respiratoire, bien que connu depuis des décennies, provoque des symptômes proches de la grippe et peut s’avérer sévère chez les personnes vulnérables. Si la situation n’est pas comparable à l’émergence du SARS-CoV-2, elle met sous tension les systèmes de surveillance. Pour mieux comprendre comment anticiper ces menaces, il est crucial d’analyser les nouvelles stratégies de prévention qui visent à contenir ces foyers avant qu’ils ne deviennent globaux.
La révolution technologique face au défi de la confiance
Le véritable changement de paradigme réside dans la capacité de production pharmaceutique. La technologie de l’ARN messager, validée à grande échelle durant la précédente crise, offre une flexibilité inédite. Marion Koopmans, virologue néerlandaise, qualifie cette rapidité de production de potentiel « changeur de donne ». En cas d’identification d’un nouveau virus, le délai de conception d’un candidat vaccin se compte désormais en semaines plutôt qu’en années. Des initiatives comme le centre de transfert de technologie en Afrique du Sud visent à décentraliser cette production pour éviter les pénuries régionales vécues par le passé.
Toutefois, la science ne peut rien sans l’adhésion des populations. L’un des obstacles majeurs identifiés pour les années à venir n’est pas biologique, mais sociétal. La désinformation a atteint des niveaux stupéfiants, érodant la confiance envers les institutions de santé. La nomination de figures sceptiques à des postes clés, comme celle de Robert F. Kennedy Jr au ministère de la Santé américain, illustre cette fracture grandissante qui pourrait compliquer le déploiement de futures campagnes d’immunisation.

Les obstacles persistants à une sécurité sanitaire globale
Malgré les investissements, comme ceux du fonds de lutte contre les pandémies de la Banque mondiale qui a alloué près de 885 millions de dollars à divers projets, des freins considérables subsistent. La négociation d’un traité international sur la préparation aux pandémies a mis en lumière les difficultés à s’accorder sur le partage des données et des bénéfices. Les pays du Sud réclament des garanties pour ne pas être les derniers servis en cas d’urgence, une équité indispensable pour stopper une épidémie à sa source.
La liste des agents pathogènes à surveiller s’allonge. Outre la grippe aviaire, l’OMS a identifié une trentaine de virus, incluant Ebola, Zika, et la fièvre de Lassa, susceptibles de provoquer des crises majeures. Le Mpox continue également d’évoluer avec de nouveaux variants observés hors d’Afrique, notamment en Suède et en France. Face à ces défis, plusieurs éléments restent problématiques pour assurer une réponse cohérente :
- Le manque d’harmonisation dans le partage immédiat des séquences génétiques des nouveaux virus.
- La persistance de zones blanches dans la surveillance épidémiologique dans les pays à faibles revenus.
- La fatigue pandémique de la population qui pourrait rejeter de nouvelles mesures de restriction.
- La difficulté à financer de manière pérenne les structures de prévention en dehors des périodes de crise.
- La politisation croissante des enjeux de santé publique qui polarise les débats scientifiques.
Il ne faut pas non plus oublier que le Covid-19 est toujours présent. Bien que l’ère du variant Omicron se prolonge avec des formes moins sévères, le virus continue de causer des décès et pourrait encore muter pour échapper à l’immunité acquise. C’est pourquoi l’intégration de nouvelles stratégies de prévention reste d’actualité pour gérer ce risque endémique tout en surveillant l’horizon.
Le monde est-il prêt pour une pandémie en 2026 ?
La réponse est nuancée. Si la technologie vaccinale (ARNm) et la surveillance se sont améliorées, les inégalités d’accès aux soins et la désinformation massive fragilisent la réponse mondiale.
Qu’est-ce que le virus MPVh qui inquiète en Asie ?
Le métapneumovirus humain (MPVh) est un virus respiratoire saisonnier connu, provoquant des symptômes grippaux. Bien qu’une vague d’infections soit observée, elle n’est pas jugée comparable au Covid-19 par les experts pour l’instant.
La grippe aviaire peut-elle se transmettre entre humains ?
Actuellement, le virus H5N1 ne se transmet pas facilement d’homme à homme. Les cas humains, comme le décès récent aux États-Unis, résultent généralement de contacts directs avec des animaux infectés, mais le risque de mutation nécessite une vigilance extrême.
Quel est l’avantage des vaccins à ARNm pour l’avenir ?
Leur principal atout est la rapidité de développement et de production. En cas d’émergence d’un nouveau virus, il est possible de concevoir et de fabriquer des doses adaptées en un temps record par rapport aux technologies classiques.
